Ma vie, nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même.

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En parcourant l’Écriture… La mission du Serviteur Souffrant

1 – Jésus dépose librement sa vie pour nous sauver

Nous reprenons aujourd’hui notre série « en parcourant l’Ecriture », interrompue le temps de notre neuvaine avec nos fondateurs !

Dans cette première partie, nous voulons étudier de plus près certaines prophéties de l’Ancien Testament relatives à l’élection du Messie par Dieu, et à l’adhésion libre de ce Messie pour collaborer à l’œuvre de la Rédemption : c’est librement que Jésus dépose sa vie pour nous sauver, Il le dira clairement dans l’évangile de St Jean : « Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. » (Jn 10, 17-18)

 

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique dit : « En épousant dans son cœur humain l’amour du Père pour les hommes, Jésus  » les a aimés jusqu’à la fin  » (Jn 13, 1)  » car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime  » (Jn 15, 13). Ainsi dans la souffrance et dans la mort, son humanité est devenue l’instrument libre et parfait de son amour divin qui veut le salut des hommes (cf. He 2, 10. 17-18 ; 4, 15 ; 5, 7-9). En effet, il a librement accepté sa passion et sa mort par amour de son Père et des hommes que Celui-ci veut sauver :  » Personne ne m’enlève la vie, mais je la donne de moi-même  » (Jn 10, 18). D’où la souveraine liberté du Fils de Dieu quand il va lui-même vers la mort (cf. Jn 18, 4-6 ; Mt 26, 53). [1]»

 

Ce sont donc les images du Serviteur de Yahvé, élu dès le sein de sa mère, ainsi que celles du Bon Pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis, qui vont être ici mises en avant.

1 – Le Messie : élu et serviteur de Dieu

Parmi les prophéties faisant référence à la mission du Messie, les 4 « chants du Serviteur de Yahvé » (Is 42 ; Is 49, Is 50, Is 52-53) dressent un portrait particulièrement saisissant de Jésus et de sa mission rédemptrice.

L’élection de chacun des prophètes de l’Ancien Testament est déjà une image de l’élection particulière de Jésus comme LE Messie, envoyé par Dieu pour sauver son peuple. L’élection du prophète Jérémie en est une très belle illustration. Le Seigneur lui dit en effet : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. » (Jr 1, 5)

Le 2ème chant du Serviteur  de Yahvé (Isaïe 49, 1-7) souligne également l’élection du Messie, « l’Oint » de Dieu, son Envoyé, et le lien tout particulier qui unit Dieu et son Serviteur. La mission du Serviteur y est également évoquée : ramener Jacob vers Dieu, rassembler Israël…et faire parvenir le Salut jusqu’aux extrémités de la terre ! Ce chant dit en effet :

 « Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a protégé par l’ombre de sa main ; il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois. Il m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. » Et pourtant, mon droit subsistait auprès du Seigneur, ma récompense, auprès de mon Dieu. Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Et il dit : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » Ainsi parle le Seigneur, rédempteur et saint d’Israël, au serviteur méprisé, détesté par les nations, esclave des puissants : Les rois verront, ils se lèveront, les grands se prosterneront, à cause du Seigneur qui est fidèle, du Saint d’Israël qui t’a choisi. »

Jean-Paul II, commentant ces passages à l’occasion de la journée de prière pour les vocations, disait : « [Jésus] est “le serviteur” du Père, annoncé prophétiquement comme celui que le Père a choisi et formé dès le sein maternel (cf. Is 49, 1-6), le bien-aimé que le Père soutient et en qui il a mis toute sa joie (cf. Is 42, 1-9), sur qui il a fait reposer son esprit, à qui il a transmis sa force (cf. Is 49, 5) et qu’il exaltera (cf. Is 52, 13 – 53,12). La signification fondamentalement positive que le texte inspiré donne au mot de “serviteur” apparaît aussitôt avec évidence. Si dans la culture actuelle celui qui sert est perçu comme inférieur, dans l’histoire sainte le serviteur est celui qui est appelé par Dieu pour réaliser une œuvre singulière de salut et de rédemption, celui qui sait avoir reçu tout ce qu’il a et tout ce qu’il est, et qui se sent donc appelé à mettre au service des autres ce qu’il a reçu. Dans la Bible, le service est toujours lié à un appel spécifique venu de Dieu : pour cette raison le service représente la réalisation suprême de la dignité de la créature, le rappel de toute sa dimension mystérieuse et transcendante. Il en a été ainsi dans la vie de Jésus, le Serviteur fidèle appelé à réaliser l’œuvre universelle de la rédemption. [2]»

C’est donc comme Serviteur que Jésus réalise sa mission : il dira à ses Apôtres, se querellant pour savoir qui parmi eux était le plus grand : « Les rois des nations les commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel ! Au contraire, que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » (Lc 21, 25-27)

À sa suite, les ministres ordonnés de l’Eglise sont appelés à être serviteurs. On lit dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique : « Intrinsèquement lié à la nature sacramentelle du ministère ecclésial est son caractère de service. En effet, entièrement dépendant du Christ qui donne mission et autorité, les ministres sont vraiment  » esclaves du Christ  » (Rm 1, 1), à l’image du Christ qui a pris librement pour nous  » la forme d’esclave  » (Ph 2, 7). Parce que la parole et la grâce dont ils sont les ministres ne sont pas les leurs, mais celles du Christ qui les leurs a confiées pour les autres, ils se feront librement esclaves de tous (cf. 1 Co 9, 19).[3] »

2 – La réponse libre du Messie

A l’élection de la part de Dieu correspond la réponse libre du Messie : ici, nous pouvons entendre résonner la réponse donnée par Isaïe lui-même à l’appel du Seigneur. Isaïe devient ici figure du Messie. Il dit : « J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Me voici : envoie-moi ! » » (Is 6, 8).

C’est également la réponse que l’on trouve dans le psaume 39 (v.7-9) : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, mais tu m’as façonné un corps ;  tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens. » Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles. »

La lettre aux Hébreux, dans le Nouveau Testament, reprend justement ce psaume pour l’appliquer à Jésus. Lors de son homélie au sanctuaire d’Altötting, Benoît XVI disait : « Lors de l’incarnation de Jésus, deux dialogues vont de pair et se fondent l’un avec l’autre, devenant une seule chose. Il y a tout d’abord le dialogue que Marie entretient avec l’Archange Gabriel, et dans lequel elle dit : « Qu’il m’advienne selon ta parole! » (Lc 1, 38). Mais il existe un texte parallèle à celui-ci, un dialogue, pour ainsi dire, à l’intérieur de Dieu, qui nous est rapporté par la Lettre aux Hébreux, quand il est dit que les paroles du Psaume 40 (39) sont devenues comme un dialogue entre le Père et le Fils – un dialogue dans lequel commence l’incarnation. Le Fils éternel dit au Père :  » Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation ; mais tu m’as façonné un corps… Voici je viens… pour faire […] ta volonté » (He 10, 5-7; cf. Ps 40 (39), 6-8). Le « oui » du Fils : « Je viens pour faire ta volonté », et le « oui » de Marie : « Qu’il m’advienne selon ta parole » – ce double « oui » devient un unique « oui », et ainsi, le Verbe devient chair en Marie. Dans ce double « oui », l’obéissance du Fils prend corps ; Marie, avec son « oui » lui donne un corps. [4]» Et commentant ce même passage, il disait aux membres des Instituts séculiers : « Le chemin de votre sanctification est ainsi tracé avec clarté : l’adhésion oblative au dessein salvifique manifesté dans la Parole révélée, la solidarité avec l’histoire, la recherche de la volonté du Seigneur inscrite dans les événements humains gouvernés par sa providence. [5]»

Mère Marie-Augusta, dans notre famille religieuse, disait dans le même sens : « le chemin de sainteté réside dans l’ « ecce » (= me voici) ! »

3 – Le Bon Pasteur dépose sa vie pour ses brebis

Nous avons dit que parmi les prophéties annonçant l’adhésion libre du Messie au dessein du Père, on trouve les prophéties du Bon Pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis.

Déjà Ezéchiel parle de Dieu comme LE Bon Pasteur, face aux mauvais pasteurs d’Israël, qui profitent des brebis sans les protéger. Il dit : « ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées. Je les ferai sortir d’entre les peuples, je les rassemblerai des différents pays et je les ramènerai sur leur terre ; je les ferai paître sur les montagnes d’Israël, dans les vallées, dans les endroits les meilleurs. Je les ferai paître dans un bon pâturage, et leurs prairies seront sur les hauteurs d’Israël. Là, mes brebis se reposeront dans de belles prairies, elles brouteront dans de gras pâturages, sur les monts d’Israël. C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, – oracle du Seigneur Dieu. » (Ez 34, 11-15)

Pourtant, ce pasteur sera frappé : c’est le prophète Zacharie qui l’annonce en disant : « Épée, réveille-toi contre mon berger, contre l’homme qui m’est proche – oracle du Seigneur de l’univers. Frappe le berger, et que les brebis soient dispersées, contre les petits je tournerai ma main. » (Za 13,7).

Dans son livre Jésus de Nazareth, Benoît XVI note que Jésus fait référence à cette prophétie en montant au Jardin des oliviers après la Cène[6], préparant ainsi ses disciples aux évènements qui vont suivre. Il écrit : « Zacharie, dans une vision mystérieuse, avait annoncé un Messie qui subirait la mort avec pour conséquence une nouvelle dispersion d’Israël. C’est en passant à travers ces tribulations extrêmes qu’il attendait de Dieu le salut. A cette vision qui demeure en soi obscure et qui se réfère à un avenir inconnu, Jésus donne une forme concrète : oui, le Berger est frappé. Jésus est Lui-même le Pasteur d’Israël, le Pasteur de l’humanité. Et Il prend sur Lui l’injustice, le poids destructeur de la faute. Il se laisse frapper. Il se met du côté des perdants de l’histoire. Maintenant, à cette heure-ci, cela signifie aussi que la communauté des disciples se disperse, que cette nouvelle famille de Dieu, à peine née, se défait avant même d’avoir commencé à exister vraiment. « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11). Cette parole de Jésus, en référence à Zacharie, apparaît dans une lumière nouvelle : l’heure est venue où elle s’accomplit. [7] »

À travers toutes ces prophéties, on mesure combien les évènements de la Passion ne furent pas une « mauvaise conjonction de personnes, de temps et de lieux » mais font partie du dessein bien arrêté de Dieu, de son plan de Rédemption. La Passion de Jésus ne dépend pas seulement des adversaires de Jésus et des circonstances : c’est librement que Jésus s’avance vers sa Passion, et de façon déterminée : « Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem… » (Lc 9, 51)

[1] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°609

[2] Jean-Paul II – Message pour la 40ème journée mondiale de prière pour les vocations – 11 mai 2003

[3] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°876

[4] Benoît XVI – Homélie au sanctuaire d’Altötting, 11 septembre 2006

[5] Benoît XVI – Discours aux participants à la conférence mondiale des Instituts Séculiers, 3 février 2007

[6] Cf. Mt 26, 31 : « Alors Jésus leur dit : ‘ Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées.’ »

[7] Benoît XVI – Jésus de Nazareth, Tome 2, p.176 (éditions du Rocher)

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