La chrétienté en proie aux turbulences

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WE Foyers 1er Trimestre 2019

La vérité dans la douceur de l’amour, remède pour surmonter les crises dans l’Eglise et la famille

I – La chrétienté en proie aux turbulences : du grand schisme avec l’Orient ( 1054) au schisme d’Occident (1378) (1/3)

Retrouvez, chaque samedi, une partie des enseignements qui ont été donnés lors de nos WE Foyers du 1er trimestre 2019 sur le thème : « La vérité dans la douceur de l’amour, remède pour surmonter les crises dans l’Eglise et la famille.« 

Aujourd’hui, voici la 1ère partie du 1er enseignement !

Nous allons, en cette première causerie, continuer notre synthèse sur le développement du dogme et de l’histoire de l’Eglise. Le trimestre dernier, nous avons vu que l’Eglise, à la fin du premier millénaire, était toujours unie. Elle respirait, selon la formule de Jean-Paul II, avec ses deux poumons. Mais les tensions entre Byzance et Rome ne cessaient de croître.

La querelle entre l’Orient et l’Occident qui conduisit au schisme de 1054 fut la querelle du Filioque. Dans une Encyclique aux patriarches de l’Est, le patriarche Photius avait dénoncé cet ajout par les Latins au credo de Nicée et il accusait l’Eglise latine d’hérésie. Le Credo de Nicée (325), en effet, confessait que Dieu le Saint-Esprit « procédait » du Père. L’ajout « Filioque = et du Fils » ne fait pas partie de la définition dogmatique du Concile de Nicée. Cette expression avait été adoptée au IIIe concile de Tolède en 589 pour contrer l’arianisme prévalant alors en Espagne wisigothique jusqu’à la conversion du roi Récarède. À partir de là, elle fut adoptée en Gaule pour lutter contre les chefs francs qui étaient tous ariens. Tous, sauf Clovis, qui s’était converti au catholicisme romain.

Charlemagne, dans sa lutte contre les autres chefs francs, voulut faire pression pour qu’elle soit introduite dans le Credo, ce à quoi s’opposa fermement le pape Léon III (795-816).

Au cours du IXe siècle, la formule fut progressivement adoptée par les Églises d’Allemagne et de Lorraine. Le pape Benoît VIII (1012-1024) l’adopta en 1014. Le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire accusa cette doctrine d’hérésie et fit fermer les églises latines à Constantinople.

Le cardinal Humbert réussit à convaincre le pape Léon IX d’envoyer des légats à Constantinople pour tenter un rapprochement entre l’Église latine et l’Église de Constantinople. Il partit avec une délégation pour Constantinople en avril 1054. Le pape Léon IX mourut le 19 avril 1054. Durant le voyage, Humbert apprend la nouvelle par pigeons voyageurs. La nouvelle parvint à Constantinople quelques semaines plus tard. La délégation possède un écrit plénipotentiaire lui permettant d’excommunier ses contradicteurs si les négociations n’arrivaient pas à aboutir. Le climat se dégrada avec la publication par la délégation de la lettre du pape Léon IX ainsi que de deux documents qu’Humbert avait apportés avec lui. La lettre du pape provoqua une réponse, polie mais ferme, d’un moine du monastère de Studium du nom de Nicetas Stethatus. Elle provoqua la fureur du cardinal Humbert qui répondit par un torrent d’insultes. Inquiet pour l’avenir de l’entente qu’il souhaitait, l’empereur Constantin IX força le moine à se rétracter et consentit même à discuter avec le cardinal Humbert de la question du Filioque, alors que le patriarche Cérulaire continuait à garder le silence et que le peuple s’irritait de cette ingérence dans les affaires de son patriarcat. Mais l’élection du nouveau pape tardait. Alors le samedi 16 juillet 1054, les trois ex-légats se rendirent à la basilique Sainte-Sophie alors que l’on s’apprêtait à célébrer l’office de l’après-midi. Devant les fidèles, Humbert, sans mot dire, dépose sur l’autel de la basilique une bulle excommuniant le patriarche Cérulaire et ses assistants. Les légats repartent non sans avoir symboliquement secoué la poussière de leurs souliers. Deux jours plus tard, ils quittaient Constantinople après avoir pris congé de l’empereur Constantin IX, lequel, toujours aussi courtois, les combla de présents. Le rapport que fit le cardinal Humbert de sa mission fut reçu avec enthousiasme, l’anathème prononcé contre le patriarche Cérulaire étant vu comme la juste rétribution des accusations grecques contre l’Église latine. Le cardinal conserva sa place comme chef de file de la curie romaine. Fort de l’appui de son Église, le patriarche Cérulaire alla se plaindre à l’empereur Constantin IX pendant que la population ameutée grondait contre cette insulte au patriarcat de Constantinople. L’Empereur dut annoncer que la bulle incriminée serait solennellement brûlée ; le dimanche 24 juillet, un synode convoqué à la hâte jeta l’anathème sur le cardinal Humbert et ses assistants, sans mentionner le pape ou l’Église d’Occident.

            De 1054 à la première croisade: Le successeur de Léon IX, Victor II, envoya une lettre très amicale à l’impératrice Théodora lui demandant de réduire les taxes frappant les pèlerins se rendant à Jérusalem, politique amicale que poursuivit également son successeur, Étienne IX. Nicolas II (pape de 1058 à 1061) accéda au trône pontifical grâce à l’influence du futur Grégoire VII et mena une politique contre l’empereur germanique. Il affranchit la papauté en 1059 de la tutelle de l’empereur germanique en remettant l’élection du pape entre les mains du seul collège des cardinaux et interdit la nomination des évêques sans l’approbation du pape. Avec Constantinople, cependant, les deux Églises n’étaient plus sur la même longueur d’onde et la question d’une « réunification » s’imposait.

Grégoire VII (pape de 1073 à 1085), développa la théorie selon laquelle le pouvoir spirituel du pape s’étendait au domaine politique et que la papauté était à l’empereur et aux autres monarques européens ce que le Soleil était par rapport à la Lune. Cette doctrine ne pouvait être acceptée à Constantinople, qui tenait depuis longtemps que l’autorité suprême de l’Église en matière doctrinale résidait dans un concile œcuménique où toutes les Églises étaient appelées à participer, et en matière de gouvernance entre les mains de la pentarchie : le collège formé par les patriarches de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Si le patriarche de Rome avait droit à une primauté d’honneur vaguement définie, il en allait de même de l’empereur de Constantinople, au titre de vice-roi de Dieu sur terre. À partir de ce moment, la réunification des Églises devint un sujet de négociation perpétuel jusqu’à la chute finale de Byzance.

En 1078, Constantinople s’enfonçait dans une guerre civile dont Alexis Comnène (règne de 1081 à 1118) sortit vainqueur. Le pape excommunia cet empereur et fit fermer les églises latines de Constantinople. À partir de cette excommunication, basileus (= empereur) et patriarche commencèrent à faire front commun contre Rome. Les choses changèrent avec la mort de Grégoire VII et l’élection d’Urbain II (pape de 1088 à 1099). Le pape, qui voyait dans l’Église byzantine le seul moyen de délivrer les Églises d’Orient du joug des Turcs, prit l’initiative en envoyant une ambassade au basileus, lui demandant de faire rouvrir les églises latines et de rétablir le nom du pape dans les diptyques de Constantinople ; en même temps, il levait l’excommunication qui pesait sur Alexis Ier. Tout aussi désireux d’avoir l’appui du pape dans la lutte contre les Turcs, Alexis invita le pape dans sa réponse à venir tenir un concile à Constantinople pour régler ces questions. S’ensuivit une décennie de paix et d’amitié entre les deux Églises. Pour Urbain II, l’union entre les Églises d’Orient et d’Occident signifiait aussi une union contre l’islam. Or, l’idée même de croisade était étrangère à la pensée byzantine. Alors que le pape appelait à un grand rassemblement des peuples chrétiens pour reconquérir Jérusalem et la Palestine, Alexis désirait surtout l’aide d’un nombre restreint de chevaliers bien aguerris pour combattre non l’Islam en général, mais les Turcs qui menaçaient son empire…

(suite samedi prochain !)

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